Quel est le pays le plus sûr et le plus abordable pour prendre sa retraite ?

Choisir un pays de retraite à l’étranger repose sur deux critères rarement alignés : le coût de la vie et le niveau de sécurité. Les classements habituels mélangent ces deux dimensions sans les hiérarchiser, ce qui fausse la comparaison. Un pays abordable peut afficher un indice de paix médiocre, et inversement.

Sécurité des retraités à l’étranger : ce que mesure le Global Peace Index

Le Global Peace Index 2025, publié par l’Institute for Economics and Peace, évalue 163 pays selon trois axes : conflictualité interne, niveau de militarisation et sécurité sociétale. Ce dernier volet intègre les taux de criminalité, d’homicides et la perception de la sécurité au quotidien.

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Dans ce classement, l’Islande, l’Irlande et la Nouvelle-Zélande occupent les premières places. Le Portugal figure également dans le top 10. La Grèce et l’Espagne, souvent citées pour leur coût de vie modéré, se situent dans la première moitié du classement sans atteindre ce niveau.

La Thaïlande et le Maroc, deux destinations populaires pour les petites pensions françaises, affichent des scores nettement plus bas sur l’axe sécuritaire. Le pays le moins cher n’est pas nécessairement le plus sûr, et c’est précisément ce décalage qui mérite d’être examiné avant toute décision.

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Femme retraitée au marché local tropical en Asie du Sud-Est, destination retraite abordable

Coût de la vie pour un retraité français : au-delà du budget mensuel

Le coût de la vie brut (loyer, alimentation, transports) ne suffit pas à évaluer l’accessibilité financière d’un pays. Deux paramètres souvent négligés modifient l’équation de façon significative : la fiscalité applicable aux pensions et la couverture santé.

Imposition des pensions à l’étranger

La France a signé des conventions fiscales avec la plupart des destinations populaires. Ces conventions déterminent quel État impose les pensions de retraite. Dans certains cas, le pays d’accueil applique un taux plus faible, voire une exonération partielle.

Le Portugal a longtemps attiré les retraités européens grâce à son ancien régime de résident non habituel. Ce dispositif a été réformé, et les conditions fiscales actuelles sont moins avantageuses qu’à l’époque où il servait de référence dans tous les comparatifs.

Couverture santé hors de France

La Sécurité sociale française ne couvre plus les soins courants une fois la résidence fiscale transférée hors de France. Un retraité expatrié doit souscrire une assurance santé internationale dont le coût varie fortement selon le pays et l’âge de l’assuré. Dans des pays où le système de santé public est limité (Thaïlande, Maroc), cette dépense peut représenter plusieurs centaines d’euros mensuels, ce qui réduit l’avantage budgétaire apparent.

Prestations françaises non exportables : un piège pour les petites retraites

Certaines aides sociales françaises sont conditionnées à la résidence en France. L’Aspa (allocation de solidarité aux personnes âgées) ne suit pas le retraité à l’étranger. L’allocation supplémentaire d’invalidité obéit à la même règle.

Pour un retraité dont la pension de base est complétée par l’Aspa, l’expatriation entraîne la perte de ce complément. Le gain de pouvoir d’achat lié au coût de la vie inférieur peut alors être entièrement annulé. Avant de comparer les budgets mensuels par pays, il faut vérifier la composition exacte de ses revenus de retraite :

  • Pensions de base et complémentaires (Agirc-Arrco, régimes spéciaux) : versées partout dans le monde, sous réserve de fournir un certificat de vie annuel.
  • Aspa et allocations sous condition de résidence : suspendues dès le transfert de résidence hors de France.
  • Périodes cotisées dans plusieurs pays : les droits acquis dans l’Union européenne ou dans un État lié par convention sont totalisés, chaque pays versant sa part. Sans convention, les périodes travaillées à l’étranger ne comptent pas dans le calcul français.

Homme retraité lisant sur un balcon en pierre avec vue sur un village rural européen paisible

Portugal, Grèce, Thaïlande : trois profils de retraite comparés

Plutôt qu’un classement de dix pays, concentrons la comparaison sur trois destinations représentatives, chacune illustrant un arbitrage différent entre sécurité, budget et cadre de vie.

Portugal : sécurité élevée, coût en hausse

Le Portugal combine un coût de la vie inférieur à celui de la France, un climat doux et un classement élevé sur l’indice de paix. Le système de santé public y est accessible aux résidents. La proximité géographique (environ deux heures de vol depuis Paris) facilite les allers-retours familiaux. En revanche, les prix de l’immobilier dans les zones prisées (Lisbonne, Algarve) ont fortement augmenté ces dernières années.

Grèce : budget serré, infrastructure inégale

La Grèce offre un coût de la vie parmi les plus bas d’Europe occidentale. Le cadre méditerranéen et la présence d’une communauté francophone dans certaines îles attirent les retraités. Le système de santé, fragilisé par les années de crise, reste inégal selon les régions. Les grandes villes disposent d’hôpitaux corrects, mais les îles isolées imposent parfois un transfert vers le continent pour des soins spécialisés.

Thaïlande : budget très bas, sécurité moindre

Le coût de la vie thaïlandais permet de vivre confortablement avec une pension modeste. La qualité des soins dans les hôpitaux privés de Bangkok ou Chiang Mai est reconnue. En contrepartie, le score de sécurité du pays est sensiblement inférieur à celui des destinations européennes. Le visa de retraite exige de justifier d’un revenu ou d’une épargne minimum, et le décalage horaire complique le maintien des liens familiaux.

Transférabilité du patrimoine : un angle oublié des comparatifs

Un retraité qui s’expatrie ne déplace pas seulement sa résidence. Il doit aussi anticiper l’impact sur ses placements. Le PEA (plan d’épargne en actions) reste ouvert en cas de départ hors de France, mais certains avantages fiscaux liés à la durée de détention peuvent être modifiés selon le pays de résidence. L’assurance-vie française conserve sa validité juridique, mais la fiscalité des rachats dépend de la convention en vigueur avec le nouveau pays de résidence.

Ces ajustements patrimoniaux sont rarement abordés dans les guides centrés sur le budget quotidien. Ils peuvent pourtant représenter un enjeu financier supérieur au différentiel de loyer entre deux pays.

Le pays qui combine le mieux sécurité et accessibilité financière pour un retraité français reste le Portugal, malgré l’érosion de ses avantages fiscaux. La Grèce représente une alternative crédible pour les budgets serrés, à condition d’accepter un système de santé plus fragile en zone rurale. La Thaïlande séduit par ses prix, mais impose des compromis sur la sécurité et la distance.

Dans tous les cas, la décision dépend moins du coût du loyer que de la structure complète des revenus, des prestations conservées et du patrimoine à réorganiser.